DEERHOUND Chien de guerre ?

 Un article du Capitaine Faure paru le 24/03/1901 dans "Armée et marine"
revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer.

(source : BNF GALLICA)

 

"En Angleterre on entraîne le bloodhound à la chasse à l’homme et le Club qui a été fondé pour l'amélioration de cette  race a donné, il y a quelques années, des épreuves dans lesquels un homme, pieds nus, a parcouru un certain chemin à travers la campagne, en simulant une fuite, quelques heures après son évasion supposée, et après leur avoir fait sentir un effet ayant été porté par lui.
Les chiens retrouvèrent parfaitement leur homme. L’épreuve ayant été recommencée sur un autre fugitif portant des chaussures, le résultat fut le même ; les chiens prirent la piste sans hésiter et finalement découvrirent l'homme, comme la première fois, dans sa retraite.
À peu près à la même époque, un malfaiteur s’évada d’une prison de Londres, on employa pour le retrouver
des bloodhounds appartenant à un éleveur anglais très connu.
Les cas de malfaiteurs capturés avec le secours de chien sont pas rares en Angleterre ; les journaux de sport en relatent assez fréquemment.
On pourrait, à la rigueur, mettre toute variété de chiens courants sur la voie de l’homme, mais il est préférable de s'en tenir à celle qui s'y trouve déjà, soit naturellement, soit par l'entraînement.
Ainsi donc, voici une race qui, sous le rapport de l’odorat et de l’instinct à chasser, à éventer l’homme, est de celles sur lesquelles devra se porter l'attention des éleveurs et amateurs de chiens de guerre.
Mais, si elle est presque certainement mieux douée comme nez et instinct de chasse, d'autres lui sont supérieures sous le rapport de la facilité des allures, de la finesse de la vue et de l’ouie.
Comme facilité d'allure, le lévrier surpasse tous ses congénères, et dans cette race, où le sens de l'odorat est peu développé, par suite de l'habitude qu’on prise ces chien de chasser à vue,  il existe une variété possédant une grande finesse de nez : c'est le deerhound ou lévrier écossais, dont on se sert en Angleterre spécialement pour chasser le cerf. Le deerhound suit son gibier à la piste et son courage et sa force sont tels que deux chiens de cette race peuvent forcer un cerf et le porter bas; mais il n'a, lui non plus, aucune propension à chasser l’homme.
Le deerhound possède donc aussi une bonne partie des qualités que nous recherchons chez le chien de guerre.
Quelles sont maintenant les races qui paraissent mieux les mieux douées sous le rapport de la vue d'abord, de l’ouie ensuite ?
L’organe de la vision, chez les chiens destinés à chasser à vue, est nécessairement plus développé que chez ceux suivant leur gibier à la piste.
Le lévrier, ce forçeur à vue par excellence, est merveilleusement doué sous ce rapport et serait de ce chef un excellent chien de guerre, de même d'ailleurs que les chien de berger.
Il est a remarquer que la position de l'oreille et sa forme influent forcément d’une manière sensible sur l’ouie. Une oreille droite, comme celle du chien de berger, facilitera bien mieux la perception des bruits que si elle est retombante comme chez les chiens courants ou d’arrêt.
De plus, suivant que sa conque sera tournée en avant, comme chez le le renard et tous les carnassiers forçeurs, ou en arrière comme chez le lièvre, l'animal aura plus de facilité pour saisir les bruits qui se produiront devant ou derrière lui. Or le chien de guerre ayant surtout besoin d'être renseigné sur ce qui se passe en avant de lui, les races portant l’oreille droite et la conque naturellement tournée en avant, auront pour cette raison un avantage sur les autres.
Dans les races qui porte ainsi les oreilles il faut passer en première ligne de chien de berger, le lévrier, le Grand Danois. D'autres la portent de cette même façon, mais ne possédant que peu ou point les autres qualités requises ; je les passe sous silence.
J'ai dit que comme combattant, le chien de guerre devrait avoir la taille, le volume, le courage, la ténacité, etc.

On a beaucoup prôné les chiens de contrebandiers et aux dires de certains ce serait parmi eux qu'il faudrait recruter les chiens de guerre.
J’objecterai que le chien de contrebandier ne constitue pas plus une race que le chien d’aveugle n’en constitue une.
Il n'a aucun caractère distinctif typique et rien n’indique dans son extérieur, que ce soit un chien de contrebandier tandis qu'à première vue on reconnaît un bull-dog, un terrier, un lévrier, un chien de berger, un Saint-Bernard, etc.; et que connaissant la race on peut en déduire, a priori, les aptitudes spéciales de l'individu.
Contrebandier et douaniers recrutent leur chien dans n'importe quelle race, pour être plus exact les chiens des contrebandiers et des douaniers n’appartiennent à aucune race, ce sont les produits de croisements quelconques que l'on entraîne et que l’on dresse ensuite, s’il présente les qualités que contrebandiers et douaniers exigent de leurs auxiliaires.
Je veux bien même que les intéressés fassent reproduire entre eux les animaux chez lesquels ils ont reconnu le plus d'aptitudes mais cela ne suffit pas pour constituer une race possédant des caractères extérieurs typiques et des aptitudes bien caractérisées en même temps que le pouvoir de transmettre régulièrement et invariablement à la descendance ces caractère et ces aptitudes.
Donc recruter les chiens de guerre parmi les chiens de contrebandiers ou de douaniers revient simplement apprendre les chiens de n’importe quelle race ou plutôt n'appartenant a aucune, si il présente les attitudes et les qualités voulues, et a les adapter au rôle spécial qu'on veut leur faire remplir.
Or si à la rigueur où peut prendre au hasard dans les races précitées voir même dans une variété absolument inférieure chaud, le bichon, un havanais, un King Charles, je suppose, et obtenir quand même un résultat, il n'en est pas loin certain que ce résultat sera relatif. S'il en était autrement, mon étude n’aurait pas sa raison d'être.


Dans un duel, lorsque les armes se valent, les chances son à peu de choses près, les mêmes pour les deux adversaires, toutes choses égales par ailleurs, mais si l'un deux est moins bien armé que l'autre, il est à présumer qu'il sera vaincu.
De même si l'une des deux armées en présence a su se créer une race de chien de guerre possédant le maximum des qualités que je viens d'énumérer, elle aura, indubitablement, une supériorité marquée sur le camp opposé qui, soit par imprévoyance, soit par ignorance, aura recruté ses auxiliaires à quatre pattes dans les races moins bien douées.
Si l'on était certain que l'adversaire n’eut à son service que des instruments de même valeur, on pourrait, à la rigueur, se contenter de recruter les chiens de guerre dans les races existantes, n'importe lesquels ; mais il faut admettre que ceux contre qui nous aurons à lutter chercheront justement soit à former, soit à améliorer une race plus spécialement douée pour rendre des services à la guerre et, cela, afin de s’assurer une supériorité. Devons-nous donc nous laisser distancer ? Poser la question, c'est je crois la résoudre.
Je pense donc que sinon la création d'une race par voie de croisement et sa fixation par l'application des règles de l’Elevage rationnel, mais tout au moins le choix et l’adaptation, dans le sens indiqué, de celle des races existantes se rapprochant le plus du type cherché, s'impose.
Cette question, importante et complexe, est connexe à celle du recrutement des chiens de guerre. Je les traiterai ensemble tout à l'heure. "
À suivre


Capitaine Faure