Les chiens de Sir Walter Scott


Sir Walter Scott (1771-1832), l'immortel auteur de Quentin Durward,  Rob Roy,  Ivanhoé aimait passionnément les légendes écossaises, la poésie, les vieilles pierres,  la nature … et les chiens compagnons des bons et des mauvais jours. Ils furent si nombreux à partager sa vie qu'un biographe (Thorton Cook dans Sir Walter’s dogs 1931) ne put en faire un décompte précis.

Maida, son grand lévrier écossais reste le plus connu : on le rencontre au détour de maints romans de Scott. Ce dernier tenait son courage pour incomparable dans toute l'Écosse et, pour l'expliquer, il laissait entendre que dans ses veines coulait du sang de ces féroces dogues espagnols tueurs d'ours et de loups.
Lorsque le romancier américain Washington Irving rendit visite à Sir Walter, il fut accueilli par une meute de chiens, lévriers de toutes sortes et de toutes couleurs, setters, terriers : « le Lord du château apparu alors, raconte-t-il. Il était accompagné d'un grand Staghound gris qui, avec toute la dignité de sa position, m’accorda une courtoise réception. »
Maida restait en effet imperturbable, même lorsque les autres chiens sautaient autour de lui en aboyant. Parfois il se retournait et se saisissait de l'un deux pour le jeter un peu plus loin. Malgré cette impassibilité de tous les instants, Walter Scott se disait persuadé que, laissé seul avec ses congénères, le grand chien jouait avec eux. Maïda posa pour de nombreux artistes. Mais il finit par être fatigué de ce rôle de modèle, et, dès qu'un peintre commençait à déballer palette et pinceau, il fuyait au plus profond du parc où il se cachait pendant de longues heures.

MAIDA

En 1824, Scott a écrit à son fils Charles que "le vieux Maida est mort soudainement dans sa paille la semaine dernière, après un bon dîner, qui, vu son état de faiblesse, était plutôt une délivrance ; il est enterré sous son monument*, sur lequel est gravée l'épitaphe suivante :

« Au pied de ton image sculptée,

Qui perpétue ta prestance,

Dors profondément, Maïda,

Devant la porte de ton maître. »
(*à la porte de sa demeure à Abbotsford)


L'ancien avocat de Édimbourg menait grand train ; tant et si bien qu'il apprit, un jour, qu'il était complètement ruiné. Il pense au sort de sa famille, mais aussi à celui de ses chiens. Il note ainsi dans son journal : « mes chiens m'attendent en vain à Abbotsford. C'est stupide, mais la pensée de me séparer d’eux me peine plus que toutes les réflexions que j'ai porté dans ce journal. Pauvres bêtes, il faut que je leur trouve un bon maître. » Dès lors, il ne cessèrent de hanter ses pensées. Il avait une égale affection pour son premier chien, Camp, un bâtard auquel il consacra de nombreux poèmes (certains écrits 20 ans après la mort de son compagnon), pour ses lévriers, Maïda, le grand Nym, le noir Hamlet, Percy le Preux, pour Finette, un setter de salon et pour ses terriers, Wallace, Ginger, Spice qu'il portait dans ses bras lorsque le chien souffrait d'asthme – alors que l'écrivain était lui-même gêné par les séquelles d'une poliomyélite.
Il nota dans son journal, à la fin de sa vie : « je sens leurs pattes sur mes genoux, et je les entends gémir. Ils me cherchent partout. »

Une scène à Abbotsford, peint en 1827 par Edwin Landseer

Ce tableau reproduit très nettement l'ambiance régnant à Abbotsford, la résidence de Walter Scott située au sud est de l'Ecosse près de la frontière avec l'Angleterre. Landseer s'y rendit pour la première fois en 1824.

 

Une scène à Abbotsford (exposée en 1827), huile sur bois, 45 × 61 cm, Tate Britain, Londres

 

On y voit son deerhound Maïda, déjà sénile, étendu sur une peau de cerf; un autre deerhound se tient derrière tandis que des objets à connotation historique ou évoquant certains sports, chers à Walter Scott sont éparpillés ça et là : un tabouret surmonté d'un coussin en velours supporte un armet ciselé provenant d'Italie et datant d'environ 1570; un plastron de cuirasse blanche italienne du XVIe siècle avec bras droit et épaule ainsi qu'un béret écossais. Sur la droite, un fauteuil de style XVIIIe dont les bras se terminent par des têtes sculptées; un cor de chasse est enlacé autour de l'un d'eux; un gros manteau est posé sur le fauteuil et deux lances courtes décorées de pompons verts y sont appuyées; deux faucons dont l'un porte un capuchon s'accrochent aussi à son bras.
Sur le mur on aperçoit deux lances à sanglier, de l'une d'elles, des griffes d'aigle retombent en breloques; un rare tapis en peau de cerf ayant conservé la tête et la ramure de l'animal recouvre le sol.
Walter Scott s'étendit longuement sur cette peinture dans le texte accompagnant la gravure publiée dans le Keepsake* de 1829; elle aurait été faite à sa demande. L'armure et les armes de combat font partie des objets qu'aimait collectionner le maître de maison ... Les oiseaux de proie sortent de l'imaginaire de M. Landseer qui les trouvait à leur place dans ce genre de composition ... L'autre chien sur le tableau est un deerhound appartenant à l'artiste; il lui avait été offert par le duc d'Atholl.
Il serait difficile de représenter avec plus de finesse et d'intensité la notion d'âge et ses conséquences sur un animal dégageant autant de force et beauté qui en définitive, constitue le sujet principal dans cette scène », (The Keepsake, London, 1829, pp.259-261).


* THE KEEPSAKE était un recueil d'œuvres poétiques et en prose publié chaque année à partir de 1828 et jusqu'en 1857. Il sortait à l'époque de Noël et était destiné aux femmes des classes moyennes.

Article paru dans Presse de deers n° 19.

 



MAIDA "the most perfect creature of heaven"

 

Maïda, un colosse par la taille et le poids, était le résultat d'un croisement entre un chien des Pyrénées et un scottish greyhound. Il avait été produit par l'excentrique chef Highland, Macdonnell de Glengarry et offert à Walter Scott. « avec lequel il vécut bien des années et qu'il quitta rarement.
Comme Maïda accompagnait toujours son maître en voyage et qu'il se trouvait dans une ville qui lui était inconnue, il était souvent entouré d'une foule d'amateurs curieux dont il supportait patiemment la présence mais lorsque celle-ci commençait à lui peser, il émettait un aboiement court et sec qui signifiait ça suffit .... ll était aussi malin qu'enjoué et beau et avait des manies bien à lui dont une des plus drôles, aura été son aversion déclarée pour les artistes de tout poil.
Lorsque Landseer rencontra Maïda, celui-ci montrait déjà les derniers signes de faiblesse et de vieillesse et l'artiste a su rendre de façon magistrale, l'expression évanescente du regard et la fatigue du corps allongé. Le chien mourut quelque six semaines plus tard.

 

(source Presse de deers)

 

Le sourire de Maida
Certains chiens expriment d'une manière très particulière une disposition d'esprit agréable, gaie, en même temps qu'affectueuse : je veux dire par une sorte de rictus. [...]. 

Le fameux lévrier écossais de Walter-Scott, Maïda, avait cette habitude, qui est du reste commune chez les terriers. 

Je l' ai constatée aussi chez un Spitz-dog et chez un chien berger. M. Rivière, qui a porté tout particulièrement son attention sur cette expression, m'apprend qu'elle se manifeste rarement d'une manière complète, mais qu'elle se produit très-communément à un faible degré. La lèvre supé- 

rieure se rétracte alors, comme pour le grognement, de sorte que les canines se découvrent, en même temps les oreilles se portent en arrière ; toutefois l'aspect général de l'animal indique clairement qu'il n'est pas irrité. « Le chien, dit Sir C. Bell, pour exprimer la tendresse, renverse légèrement les lèvres ; il grimace et renifle, en gambadant, d'une manière qui ressemble au rire 3. » Certaines personnes considèrent en effet cette grimace comme un sourire[...].

L'expression des émotions chez l'homme et les animaux
par Charles Darwin, 1874, source Gallica.



Scott et Bran

Le portrait peint par Sir John Watson Gordon en 1830 présente Scott de face et assis, les mains reposant sur sa canne. Il porte un manteau vert foncé et un gilet jaunâtre. Son chien Bran est assis à sa droite. La date de 1830 est importante car à cette époque, Scott avait perdu sa femme, sa fortune et son petit-fils bien-aimé, d'où l'attitude plutôt mélancolique et réfléchie de ce portrait. Le portrait emblématique de Raeburn a été peint en 1822, au sommet de son art.